Pourquoi la coloration végétale n’est pas une coloration alternative

Pendant trop longtemps, la coloration végétale a été présentée comme une solution de remplacement. Et si nous faisions fausse route depuis le début ?

By Christine Margossian

Une question qui revient toujours

Pourquoi la coloration végétale continue-t-elle de susciter autant de réactions opposées ?

Il suffit de prononcer ces deux mots lors d’une formation pour que les regards changent. Certains professionnels s’animent immédiatement. D’autres esquissent un sourire prudent. Quelques-uns racontent une expérience décevante, souvent ancienne. D’autres encore affirment que les cheveux blancs ne seront jamais correctement couverts ou que cette technique ne correspond pas à leur clientèle.

Ce qui m’interpelle n’est pas que les avis divergent, mais qu’ils divergent à ce point. Comment un même métier peut-il porter des convictions aussi contradictoires autour d’une même pratique ?

Après plus de trente-cinq années passées derrière un fauteuil, dans les studios, sur les scènes, puis auprès de milliers de professionnels en formation, j’en suis arrivée à une conviction : le problème n’est pas la coloration végétale, mais la manière dont nous en parlons.

Depuis des années, nous la présentons comme une alternative. Ce mot paraît anodin, mais il enferme en réalité cette discipline dans une comparaison permanente avec la coloration d’oxydation, comme si l’une devait remplacer l’autre, comme si elles poursuivaient exactement le même objectif.

Je ne crois plus que ce soit la bonne façon de regarder notre métier.

Changer de regard avant de changer de technique

Il y a une question que je pose presque systématiquement au début d’une formation.

Je ne la pose pas pour mettre les participants en difficulté. Je la pose parce que leur première réponse raconte souvent beaucoup de leur manière d’exercer leur métier.

« Pourquoi choisissez-vous une technique plutôt qu’une autre ? »

Les réponses arrivent rapidement.

On évoque alors la couverture des cheveux blancs, la tenue de la couleur, le reflet recherché, le temps de pose ou encore la facilité de mise en œuvre.

Toutes ces réponses sont justes, mais elles racontent surtout notre habitude de raisonner en termes de résultat. Or une technique ne se résume jamais à ce qu’elle produit : elle révèle aussi une façon de regarder un cheveu, d’écouter une cliente, de construire un diagnostic et d’accompagner une transformation.

Et c’est probablement ici que la coloration végétale change profondément notre posture.

Elle nous oblige à ralentir, à observer avant d’agir, à nous intéresser à l’histoire du cheveu autant qu’à son avenir, à comprendre plutôt qu’à appliquer.

Finalement, elle remet le professionnel au centre de la prestation.

La liberté ne se perd pas, elle se redéfinit

Je me souviens d’une phrase entendue il y a plusieurs années.

« Avec le végétal, on perd sa liberté. »

Sur le moment, je n’ai pas répondu.

J’ai simplement gardé cette réflexion dans un coin de ma mémoire.

Aujourd’hui, je pense exactement l’inverse.

Le végétal demande davantage de connaissances, exige plus d’observation et réclame de l’anticipation autant que de la réflexion. Mais cette exigence n’enferme pas le professionnel : elle l’oblige au contraire à sortir des automatismes, à retrouver le plaisir de comprendre avant de faire.

Et, au fond, n’est-ce pas ce qui donne tout son sens à notre métier ?

Une autre manière d’exercer le métier

Avec le temps, j’ai compris que la coloration végétale n’était pas simplement une autre technique de coloration. Elle est une autre manière d’aborder la couleur, une autre manière d’aborder le cheveu et peut-être, plus largement encore, une autre manière d’exercer notre profession.

C’est sans doute pour cette raison que le débat autour de la coloration végétale reste si passionné. Nous croyons parler de produits ; en réalité, nous parlons de notre vision du métier.

Et c’est précisément cette conversation que j’ai envie d’ouvrir dans les chroniques qui suivront.