Le premier diagnostic ne se fait pas sur les cheveux

On m’a longtemps appris à observer une fibre, un cuir chevelu, un pourcentage de cheveux blancs. Avec le temps, j’ai compris que le véritable diagnostic commence bien avant de toucher les cheveux.

Il existe un moment que j’aime particulièrement dans une consultation. Ce n’est pas celui où j’écarte une mèche pour observer la repousse. Ni celui où j’analyse la texture d’un cheveu ou son élasticité.

Ce moment arrive bien avant.

Il commence lorsque la cliente s’assoit. Avant même qu’elle prononce le moindre mot. Pendant quelques secondes, il ne se passe presque rien. Et pourtant, tout commence déjà. Sa manière de s’installer. Son regard. Sa posture. Sa façon de toucher ses cheveux, parfois presque machinalement. Les mots qu’elle choisit pour décrire ce qu’elle n’aime plus. Ceux qu’elle évite soigneusement.

Tout cela fait déjà partie du diagnostic.

Avec les années, j’ai compris que les cheveux parlent rarement les premiers. C’est la personne qui les porte qui nous donne les informations essentielles.

 Je crois que notre profession a longtemps confondu deux choses.

Observer des cheveux. Et observer une personne.

La nuance peut sembler subtile.

Elle change pourtant complètement notre manière de travailler. Lorsque nous nous concentrons uniquement sur la fibre, nous recherchons des réponses techniques. Nous évaluons une porosité, un pourcentage de cheveux blancs, un historique de coloration, un niveau d’éclaircissement. Toutes ces informations sont précieuses.

Mais elles ne disent pas pourquoi cette femme est venue aujourd’hui. Or cette question est probablement la plus importante.

Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette envie de changement ? Il arrive que la réponse n’ait rien à voir avec la couleur.

 Au fil de ma carrière, j’ai rencontré des femmes qui demandaient une couleur plus lumineuse alors qu’elles cherchaient surtout à retrouver confiance après une période difficile. D’autres souhaitaient couvrir leurs cheveux blancs alors que leur véritable inquiétude concernait le regard des autres. Certaines demandaient une transformation radicale.

En réalité, elles avaient seulement besoin d’être rassurées. Aucune analyse de la fibre capillaire ne peut révéler cela. Seule la consultation le permet. C’est peut-être là que réside la plus grande responsabilité de notre métier. Nous ne travaillons pas sur des cheveux. Nous travaillons sur ce qu’ils représentent.

L’image de soi. Le temps qui passe. La féminité. L’assurance. Parfois même une nouvelle étape de vie.

Réduire un diagnostic à une fiche technique reviendrait à ignorer tout ce qui donne du sens à notre intervention. Cette réflexion a profondément transformé ma manière d’aborder la coloration végétale.

Pendant longtemps, la première question était :

« quelle technique vais-je utiliser ? »

Aujourd’hui, elle est devenue tout autre.

« De quoi cette personne a-t-elle réellement besoin ? »

La nuance est immense. Dans le premier cas, le professionnel cherche une solution. Dans le second, il cherche à comprendre. Et comprendre demande toujours un peu plus de temps que répondre.

 Je remarque souvent qu’un jeune professionnel souhaite trouver rapidement la bonne réponse. C’est naturel. Nous avons tous commencé ainsi. Avec l’expérience, une autre compétence apparaît. Nous apprenons à poser de meilleures questions. Car un bon diagnostic ne repose pas sur la qualité des réponses que nous apportons. Il repose sur la qualité des questions que nous savons poser.

Peut-être est-ce cela, finalement, que l’expérience nous enseigne. Non pas voir plus vite, mais regarder plus loin.

 Lorsque je repense à mes premières années de coiffure, je souris parfois. Je croyais apprendre à observer des cheveux. En réalité, j’apprenais à observer les femmes. Les cheveux n’étaient qu’une porte d’entrée. Le métier, lui, se trouvait de l’autre côté. Et c’est sans doute pour cette raison que je reste convaincue qu’un diagnostic ne commence jamais par une mèche que l’on soulève.

Il commence par une personne que l’on choisit d’écouter.